En révélation rock psyché 2010, il y a eu les sympathiques Tame Impala, mais aussi, et on me l'avait caché, les canadiens de Quest for Fire, avec leur deuxième album Lights From Paradise.
Empruntant la même voie que leurs compatriotes Black Mountain, le groupe joue sur deux tableaux. L'album alterne des morceaux calmes aux douces mélodies avec guitares acoustiques ou violons (sur l'ouverture contemplative The Greatest Hits by God) et des morceaux aux envolées électriques avec éruptions de riffs entêtants, flirtant parfois avec le stoner sur le bien nommé In the Place of a Storm. Le chant clair reste lui impassible à la débauche d'énergie et s'y superpose de manière éthérée, tel un tibétain méditatif au bord d'un magma en fusion. On pense aussi bien à Sleepy Sun ou aux vétérans du space rock Hawkwind pour les mélodies, qu'à Mammatus pour le déluge de guitares.
Quand les membres se disent inspirés par les grands espaces du Canada, on les croit volontiers, et on a bien envie de s'écouter l'album lors d'un road trip en Ontario sous les lumières du crépuscule.
Ce matin, vous vous êtes dit "j'aimerais bien écouter du trip-hop/hip-hop un poil expérimental venu de Pologne". Bon, c'est une pensée étrange, mais ça tombe bien, ça correspond à l'album de L.U.C & Rah.
Les deux producteurs et MC's L.U.C et Rahim se sont associés le temps de l'album Homoxymoronomatura (ce qui, selon un gentil internaute polonais, ne veut rien dire) pour se mettre dans la peau d'aliens en visite sur Terre, ce qui leur inspire des réflexions philosophiques et autres interrogations (et on les comprend). En s'appuyant sur des beats profonds et denses, la musique est riche et mixe samples, flûtes, violons, piano, voix lyriques en fond, cuivres funky ou bluesy... Mais si les voix sont parfois lancinantes et mélancoliques comme sur Hemoglobina (clip en dessous) ou le magistral morceau éponyme final, le tempo peut aussi s'accélérer et le flow se faire dynamique et entêtant. Et sur ce point-là, les polonais n'ont rien à envier aux pointures US pour être percutant et entraînant, en faisant oublier que l'on ne comprend rien aux paroles.
Cet album est à l'image du visuel, un entre-monde qui vous happe entre obscurité et lumière.
Radio Citizen, et plus particulièrement le berlinois Niko Schabel qui est aux manettes, a été découvert par Quantic, l'homme aux oreilles bien placées.
L'allemand, armé de ses samples et de ses nombreux instruments (saxo, clarinettes, percussions, flûte, contrebasse...) nous concocte une bande-son cinématique de voyage à écouter sur un ferry quittant le port quand la brume cotonneuse se dissipe plus ou moins. La force du bonhomme est d'alterner l'électro-jazz mid-tempo façon The Cinematic Orchestra et Jaga Jazzist (on pense également un peu au turntablism ambient dense d'Amon Tobin) avec une soul trip-hop au groove tranquille portée par la délicieuse voix chaleureuse de Bajka (entendue chez Bonobo) avec une participation d' Ursula Rucker (The Roots, Wax Tailor). Et le voyage change de tonalités selon les eaux parcourues où surgissent funk latin, rythmiques hypnotiques à la Triosk, reggae nonchalant, résonnances dub, embarquée electronica...
Sorti en 2010, Hope and Despair, comme son prédécesseur, arrive parfaitement à concilier de mutliples influences de la manière la plus naturelle et c'est un régal. Sons
Et si on rentrait dans l'arrière salle du cabaret où s'égosille Tom Waits et que l'on tombait sur ses cinq fils plus ou moins légitimes jouant un rock déjantesque sous amphet' ? Bon, la méche vendue (ah, diantre) est dans le titre: il s'agit des joyeux drilles américains de Man Man.
Mené par le charismatique moustachu Honus Honus (oui, les quatre autres pseudos sont du même goût) au piano et au chant éraillé, le groupe nous livre un rock expérimental sautillant au son un peu cirquesque et très joyeux bordel. Car oui, les morceaux sont foutraques où se croisent saxo, basse, xylophone, flûte, trompette, tambourin, kazoo... et diverses percussions étranges, sur lesquels viennent s'ajouter des chœurs entonnés tapant parfois dans l'onomatopée. Et là où on pourrait craindre une soupe indigeste fusionnant Gogol Bordello et Mr Bungle, la mélodie est bien là, entêtante, et tous les éléments tapageurs s'enclenchent parfaitement sur le dernier album Rabbit Habits, sorti en 2008 (les deux précédents sont parfois un poil plus durs à digérer par contre).
Man Man nous fait rentrer avec énergie dans son univers particulier de poésie absurde, flirtant allégrement avec la folie éthylique portée par des paroles surréalistes. Énergie oui, mais aussi tristesse du bourru imbibé sur des morceaux calmes, complaintes mélancoliques émouvantes, toujours originales dans les arrangements qui nous bercent dans les larmes alcoolisées d'une fin de soirée dans un cabaret de fin du monde. Le prochain album est fini et va sortir dans quelques mois... soyez prêts !
Le mix du jazz et du hip-hop n'est pas nouveau, en attestent les classiques Jazzmataz, US3 ou les très bons Jazz Liberators. Oui, mais que diable ! Où est le groove ? Le défaut (la qualité aussi certes) de ces formations est de ne retenir du jazz que le côté posé et loungy. Bon, Beat Assailant nous a servi son hip-hop derrière un bien bon jazz funk, mais c'était avant de se perdre dans un dernier album bien fade.
"Mr Woodnote can ya bust out the sax ?"
L'australien Mr Woodnote a écumé les grandes villes européennes, jouant dans la rue accompagné de MC's recrutés au fil des rencontres (notamment Dub FX). Jouant du saxophone principalement, et un peu de flûte, il use abondamment des pédales à effets pour injecter des samples et mettre en boucle son beat box. On retrouve également quelques lignes de basse qui appuient les phrasés de saxo doublés, triplés, se superposant, se répondant, s'égosillant.. et le tout dans le groove. Car ici le saxo donne envie de remuer la tête pour marquer le rythme, se couplant parfaitement avec les beats. Mais il sait aussi s'effacer pour laisser la place aux MC's. Leurs flows sont amples, ryhtmés, les mots marqués, parfois chantés.
Au final, Winter of Woodshed est un excellent album aux ambiances variées, pesante et aérienne sur la pépite Little Bit More qui vaut l’achat du CD à elle seule, ou légère et sautillante sur la dernière piste instrumentale où des petits oiseaux colorés survolent votre fenêtre, une casquette à l'envers.
Soyons clairs ! C'est une honte que ce groupe ne soit pas plus connu ! Enfin, il l'est tout de même assez pour que Lou Reed en soit fan (ha, ça booste la crédibilité tout de suite). Venu de Seattle, Sky Cries Mary a été actif pendant toutes les 90's, avant de revenir en 2008 après une longue pause.
Une honte disais-je, oui car le groupe invite à un véritable voyage onirique par son rock psychédélique dont il est dommage de se priver, d'autant plus que cette musique est vraiment à part (et non un énième revival du rock psyché 70's, bien que, oui, on entend un peu de Pink Floyd). Psychédélisme certes, mais fort varié. Le groupe embrasse rock rythmé, ballades accoustiques, rythmiques downtempo chamaniques, rengaines pop à la Pixies... où l'on pourra croiser du scratch ou des cordes dans les arrangements. Le son du groupe, s'il s'allège un brin sur le dernier album, reste très homomogène avec l'envoûtement pour constante. Les voix du couple Romero y sont pour beaucoup: qu'elles s'entremêlent ou se superposent en harmonie, se répondent en échos ou avec la voix d'Aniso en fond sonore s'adressant à quelque vision mystique.
Si vous voulez écouter ce qu'aurait fait les Dead Can Dance avec un groupe de rock, jetez vos deux oreilles sur ce groupe !